Discours pourla journée du 12 juillet 2026 : journée Dreyfus


Chers amis de la LICRA,
Nous sommes réunis aujourd’hui, en ce 12 juillet, pour honorer la mémoire du capitaine Alfred Dreyfus. Cette date n’est pas un simple rendez-vous avec l’Histoire. Elle est un rendez-vous avec notre conscience.

Le 12 juillet 1906, après douze années d’humiliations, de déportation, de mensonges et d’antisémitisme, Alfred Dreyfus est enfin réhabilité par la Cour de cassation. La justice reconnaît son innocence. Mais aucune décision de justice ne pourra jamais effacer les souffrances d’un
homme, d’une famille et d’une République qui avait, un temps, renoncé à ses propres principes. À Orléans, cette mémoire est vivante.

La Ville a choisi de donner le nom d’Alfred Dreyfus à une place. Le palais de justice possède désormais une salle qui porte son nom. Ces gestes sont importants. Ils rappellent que la justice ne doit jamais oublier ses erreurs, car une démocratie grandit lorsqu’elle accepte de regarder son
passé avec lucidité.

Mais cette mémoire n’est pas le fruit du hasard. Depuis de nombreuses années, la LICRA s’est mobilisée pour que l’affaire Dreyfus ne sombre jamais dans l’oubli. Elle a porté cette mémoire dans les écoles, auprès des citoyens, dans les conférences, les débats et les cérémonies. Elle a soutenu les initiatives permettant que le nom d’Alfred Dreyfus retrouve pleinement sa place dans l’espace public. Car rendre hommage à Dreyfus, ce n’est pas célébrer une victime. C’est rappeler qu’un homme innocent fut condamné parce qu’il était juif, dans une société où le mensonge, la haine et les préjugés avaient fini par l’emporter sur les faits.

La LICRA est née de cette histoire. Fondée en 1927 pour combattre l’antisémitisme, elle est devenue un rempart contre toutes les formes de racisme, de discrimination et de haine. Elle continue aujourd’hui le combat engagé par celles et ceux qui, hier, refusèrent l’inacceptable : Émile Zola, Bernard Lazare, Jean Jaurès, Georges Clemenceau et tant d’autres qui choisirent le courage plutôt que le silence. Car l’affaire Dreyfus n’appartient pas seulement au passé. Elle nous parle du présent. Aujourd’hui encore, nous assistons à la montée des discours de haine. Les réseaux sociaux diffusent à une vitesse inédite les théories complotistes, les fausses informations et les désignations de boucs émissaires. Les actes antisémites connaissent une progression inquiétante. Les insultes racistes se banalisent. Les préjugés retrouvent une visibilité que nous pensions appartenir à un autre siècle.
Le mécanisme est toujours le même.
On désigne un responsable.
On simplifie les faits.
On nourrit les peurs.
On oppose les citoyens.
Puis l’on prétend que l’exclusion protégera la société. C’est exactement ce qui est arrivé à Alfred Dreyfus. L’affaire nous enseigne qu’une démocratie ne meurt pas d’abord par un coup de force. Elle s’affaiblit lorsque l’indifférence devient plus forte que le courage, lorsque le doute remplace la vérité, lorsque les préjugés prennent la place de la raison. Voilà pourquoi nous devons rester vigilants. Être fidèle à Dreyfus aujourd’hui, ce n’est pas seulement déposer une gerbe ou prononcer un discours. C’est défendre chaque jour l’État de droit. C’est protéger l’indépendance de la justice. C’est refuser que l’origine, la religion ou les convictions d’une personne deviennent un motif de rejet. C’est défendre l’école de la République, où l’on apprend à penser avant de juger. C’est transmettre aux jeunes générations le goût de la vérité, de l’esprit critique et du débat. Notre responsabilité est immense. Nous sommes les héritiers de ceux qui ont refusé de céder à la haine. Nous avons le devoir de poursuivre leur combat. La LICRA continuera d’être présente partout où la dignité humaine sera menacée, partout où l’antisémitisme, le racisme ou les discriminations chercheront à s’installer. Elle continuera à agir par l’éducation, par le dialogue, par la justice et par l’engagement citoyen. Parce que la mémoire n’est pas une nostalgie. Elle est une exigence. Et si Alfred Dreyfus nous parle encore aujourd’hui, c’est parce que son histoire nous rappelle une vérité essentielle : la justice n’est jamais définitivement acquise ; la République n’est jamais définitivement protégée ; la liberté n’est jamais définitivement garantie.
Elles dépendent de chacune et chacun d’entre nous.

En tant que Présidente de la LICRA du Loiret, je forme le vœu que cette cérémonie ne soit pas seulement un hommage rendu au passé, mais un engagement renouvelé pour l’avenir.
Faisons vivre la mémoire de Dreyfus non comme un souvenir figé, mais comme une vigilance permanente. Car une République fidèle à Alfred Dreyfus est une République qui refuse la haine, protège les plus vulnérables et ne renonce jamais à la vérité.
Je vous remercie.

Joëlle Gellert
La Présidente de la Licra Loiret
Membre de son conseil fédéral

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